Texte de Michel Luneau Directeur de la Rairie, centre d’art comtemporain

 

Rétrospective
Annick Sterkendries


S’il est un bénéfice que l’art contemporain continue d’apporter aux artistes plasticiens d’aujourd’hui, c’est bien celui de la liberté de création. Une liberté totale, absolue, aux pieds de laquelle ont été immolés tous les dogmes, règles et autres académismes. Ouf ! L’horizon enfin dégagé par les avant-gardes, on peut se permettre ce qui était sacrilège voire impossible.
Annick Sterkendries ne se l’est pas fait dire deux fois. En 1989, elle débarque de sa Belgique natale. Et voilà cette «chercheuse de rêves» qui s’adonne sans complexe à toute pratique plastique susceptible de capter et de transmettre les émois du vivant et les vibrations de la matière.
Un jour, je l’ai laissée seule au milieu d’une allée de platanes. Je les ai retrouvés érotisés, corsetés de rouge, liens défaits. Elle a fini par me persuader que mes arbres ne sont pas de bois.
Au Québec, face au Saint-Laurent et à l’île Saint-Barnabé, en l’honneur des marins disparus, elle renfloue une épave, transforme la coque en oratoire et demande aux habitants de Rimouski, subjugués, de déposer des ex-voto. Aux Sables d’Olonne, elle s’attaque aux bombardes du prieuré Saint-Nicolas et les transforme en cochons rose bonbon.
Elle n’est pas moins subversive et talentueuse quand elle prend l’appareil photo, pour « figures de proue » par exemple, et fait poser, fièrement adossés à des cocotiers, des femmes et des hommes de Guadeloupe, face à la mer pourvoyeuse d’esclaves. … /

(Extrait de texte du catalogue de l'exposition Annick Sterkendries Centre d'art La Rairie 2007)

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